Trek dans les monts Fann au Tadjikistan : des premiers pas au lac Alaoudin
Après avoir découvert Douchanbé, la capitale du Tadjikistan, ses avenues immenses, son bazar, mon premier plov et surtout ses fontaines devenues mes meilleures amies sous une chaleur écrasante, il est temps de changer complètement de décor.
Cette fois, le voyage au Tadjikistan commence vraiment à prendre de l’altitude.
Au programme avec Allibert Trekking : plusieurs jours de trek dans les monts Fann, des nuits sous tente, des rivières glaciaires, des cols, des lacs turquoise et des sommets dépassant allègrement les 5 000 mètres.
Sur le papier, c’est magnifique.
Dans la réalité aussi.
Mais la réalité va rapidement ajouter au programme quelques activités qui n’étaient pas exactement mentionnées dans la brochure…
De Douchanbé aux monts Fann : dernière douche et en route !
Le matin du départ, une petite pensée émue pour notre salle de bains.
Dernière vraie douche avant plusieurs jours.
Nous chargeons les sacs dans les minibus et quittons Douchanbé pour environ cinq heures de route en direction de Sangui Safed, à environ 2 500 mètres d’altitude.
Petit à petit, la capitale disparaît et les paysages changent.
La route serpente entre les vallées et les canyons et, enfin, nous commençons à apercevoir les monts Fann.
Ces montagnes que je regardais jusqu’ici sur le programme du voyage sont maintenant devant moi.
Et ça change tout.
Après plusieurs heures de trajet, nous arrivons à proximité de Sangui Safed, point de départ de notre trek et lieu de notre premier campement.
Les tentes sont là.
Les montagnes aussi.
Cette fois, nous y sommes.
Première balade et rencontre de deux rivières
Pour cette première journée en montagne, pas question de partir immédiatement à l’assaut des sommets.
Nous faisons une petite balade autour du camp afin de découvrir les paysages et de commencer tranquillement notre acclimatation à l’altitude.
C’est là que nous observons un phénomène assez étonnant : la rencontre de deux rivières dont les eaux n’ont absolument pas la même couleur.
L’une est claire, alimentée par les eaux glaciaires. L’autre transporte davantage de sédiments et prend une couleur beaucoup plus brune.
Pendant quelques mètres, on distingue parfaitement les deux eaux avant qu’elles finissent par se mélanger.
C’est aussi avec cette eau glaciale que nous découvrons notre nouvelle salle de bains.
Autant préciser que le concept de « douche fraîche » prend ici une dimension légèrement différente.
On se lave près de la rivière en prenant évidemment soin de se savonner et de se rincer à distance du cours d’eau, afin de ne pas y rejeter directement nos produits.
C’est froid.
Très froid.
Mais nous sommes propres.
Enfin, selon les nouveaux standards du trek.








Première vraie randonnée dans les monts Fann
Le lendemain matin, les choses sérieuses commencent.
Notre première véritable randonnée doit nous permettre de rejoindre la gorge de l’Immat, tout en nous acclimatant avant le passage d’un col prévu le lendemain.
Environ 5 à 6 heures de marche, avec 650 mètres de dénivelé positif et 700 mètres de descente.
Nous longeons la rivière Sukhrob et ses eaux incroyablement claires en direction du glacier.
Et surtout, nous découvrons enfin toute la dimension des paysages qui nous entourent.
Les sommets sont partout.
Parmi eux se dressent notamment le petit et le grand Ganza, ce dernier culminant à plus de 5 300 mètres.
Je marche en regardant constamment autour de moi.
C’est immense, minéral, sauvage.
Nous avons vraiment cette sensation grisante d’être seuls au monde.
Enfin, presque.
Au loin, nous apercevons parfois un autre groupe de randonneurs. Visiblement plus sportifs que nous.
Nous les laissons volontiers vivre leur meilleure vie de trekkeurs rapides pendant que nous vivons la nôtre à notre rythme !
Marcher plusieurs heures… pour dormir quatre kilomètres plus loin
Cette première journée se termine près de la rivière Bodkhona, à environ 2 550 mètres d’altitude.
Et géographiquement, la situation est assez amusante.
Après toutes ces heures de marche, les montées, les descentes et notre aller-retour dans les montagnes, nous découvrons que notre nouveau campement se trouve finalement à environ quatre kilomètres à peine de celui de la veille.
Voilà.
Des heures de randonnée pour avancer de quatre kilomètres.
Le trek est parfois un concept fascinant.
Mais peu importe : cette journée nous a surtout permis de prendre nos marques et de commencer à comprendre ce qui nous attend.
Dormir sous tente.
Se laver dans les rivières.
Marcher plusieurs heures.
Observer les montagnes.
Et s’acclimater doucement à ce Tadjikistan sauvage et minéral que nous étions venus chercher.
Le col de Bodkhona : là, ça commence à grimper sérieusement
Le troisième jour en montagne marque un changement de niveau.
Direction le col de Bodkhona, à 3 420 mètres d’altitude, avant de redescendre vers le lac Alaoudin.
Sur le programme : 1 150 mètres de dénivelé positif, 900 mètres de descente et entre six et sept heures de marche.
Autrement dit : ça grimpe.
Sérieusement.
Mais quelle récompense !
À mesure que nous prenons de l’altitude, les panoramas deviennent de plus en plus spectaculaires.
Les sommets tadjiks se dévoilent autour de nous et, surtout, apparaissent ces fameux lacs des monts Fann dont les couleurs semblent parfois complètement irréelles.
Turquoise ?
Saphir ?
Émeraude ?
Difficile de choisir.
Le lac Alaoudin est entouré de sommets acérés, notamment les pics de Bodkhona et de Tchapdara. Après plusieurs heures de marche, arriver devant cette étendue d’eau aux couleurs incroyables est l’un de ces moments où l’on oublie assez facilement la fatigue.
Enfin…
Pour quelques minutes.
Parce que notre trek commence parallèlement à prendre une tournure beaucoup moins poétique.

















Un mystérieux mal de ventre s’invite au trek
Anthony était déjà malade la veille.
Et son état ne s’améliore franchement pas.
Plus inquiétant : il n’est bientôt plus le seul.
Nous sommes quatorze dans le groupe et, progressivement, plusieurs d’entre nous commencent à présenter les mêmes symptômes.
Je vous épargne les détails.
Disons simplement que lorsque vous dormez sous tente en pleine montagne, certaines maladies intestinales deviennent rapidement beaucoup plus… logistiques.
Nous soupçonnons l’eau, malgré les précautions prises, les filtres et les pastilles de purification.
Impossible cependant d’en être certains.
Alors nous adoptons un nouveau régime gastronomique particulièrement élaboré :
du riz blanc.
Beaucoup de riz blanc.
L’objectif n’est désormais plus vraiment culinaire.
Nous espérons simplement colmater ce qui peut encore l’être.
Des ânes, des tentes et des nuits très animées
Notre campement près du lac Alaoudin se trouve dans un secteur un peu plus fréquenté.
Et nous partageons notamment les lieux avec quelques ânes.
Des ânes qui, jusque-là, vivaient leur petite vie tranquillement.
Le problème ?
Nos problèmes digestifs nous obligent à effectuer régulièrement des sorties nocturnes de nos tentes.
Et apparemment, chaque passage mérite d’être annoncé à toute la vallée.
Nous sortons.
Un âne brait.
Quelqu’un ressort.
Un autre âne répond.
Un troisième membre du groupe traverse le camp.
Concert.
Entre les malades, les allers-retours dans la nuit et les ânes qui commentent chacune de nos sorties, nos nuits tadjikes prennent une tournure franchement folklorique.
Ce n’est probablement pas la bande-son que j’aurais choisie pour contempler les étoiles au-dessus des monts Fann.
Mais elle restera mémorable.
Lac Moutny et glacier du Chimtarga… sans moi
Le lendemain, une superbe journée est prévue : montée jusqu’au lac Moutny, à environ 3 500 mètres, au pied de plusieurs sommets de plus de 4 000 mètres.
Parmi eux se trouve le Chimtarga, qui culmine à 5 489 mètres et constitue le plus haut sommet des monts Fann.
Le programme annonce environ cinq heures trente de marche et 900 mètres de dénivelé positif.
Un programme magnifique.
Que je vais admirer… depuis le camp.
Nous sommes quatre à décider de rester au lac Alaoudin.
Dans notre état, partir pour plusieurs heures de marche en altitude n’aurait franchement rien de raisonnable.
Et surtout, une échéance beaucoup plus importante nous attend le lendemain : un col à près de 3 800 mètres.
Notre mission du jour devient donc très claire :
repos.
Et tentative de remise en état de nos intestins.
Une journée de repos qui n’en est pas vraiment une
Rester au camp ne signifie pourtant pas rester enfermés dans les tentes.
Le paysage autour du lac Alaoudin est beaucoup trop beau pour ça.
Nous faisons donc quelques petites balades autour du lac, une le matin et une autre dans l’après-midi.
Et même ces promenades tranquilles suffisent à nous rappeler que nous ne sommes franchement pas au meilleur de notre forme.
Nous marchons.
Nous nous arrêtons.
Nous admirons le lac.
Nous faisons parfois une petite pause dite « technique ».
Puis nous repartons.
Le glamour du trekking dans toute sa splendeur.
Mais malgré la fatigue et la maladie, impossible de ne pas être émerveillée par ce qui nous entoure.
Les montagnes plongent presque directement dans l’eau. Les couleurs du lac changent avec la lumière. Les sommets rocheux ferment l’horizon.
Les paysages sont grandioses.
Et quelque part, rester ici pendant que les autres montent au lac Moutny me permet aussi de prendre davantage le temps de regarder.
Demain, un col à près de 3 800 mètres…
À la fin de cette journée de repos, une question commence malgré tout à tourner dans nos têtes.
Comment allons-nous passer le col demain ?
En pleine forme, le défi aurait déjà été sérieux.
Après plusieurs jours de problèmes intestinaux, des nuits entrecoupées de sorties de tente et une alimentation essentiellement composée de riz blanc…
Disons que les conditions ne sont pas exactement optimales.
Pourtant, nous avons envie d’y croire.
Nous sommes au cœur des monts Fann, entourés de certains des plus beaux paysages que j’aie vus depuis le début de ce voyage au Tadjikistan.
Devant nous : les montagnes.
Derrière nous : quelques jours de trek déjà bien remplis.
Et au milieu : quatorze voyageurs dont certains commencent à connaître beaucoup trop précisément l’emplacement des toilettes de chaque campement.
Le lendemain, il faudra pourtant reprendre les sacs.
Et monter.
Encore.
Direction le col à près de 3 800 mètres.
À ce moment-là, je ne sais pas encore à quel point cette journée va être compliquée…