Noms de famille italiens : ce qu’ils racontent de leur région

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En Italie, les noms de famille racontent aussi le voyage

Il y a des gens qui, lorsqu’ils se promènent en Italie, regardent les façades, les balcons fleuris ou les vitrines des boutiques. Moi aussi, évidemment. Mais j’ai une autre petite manie : je lis les noms sur les interphones.

Oui, les interphones.

Je sais, comme passion de voyage, on a connu plus spectaculaire. Pourtant, en Italie, un citofono peut devenir une formidable petite leçon de géographie.

Sur une même façade à Milan, Turin ou Gênes, je peux tomber sur un Esposito, un Piras, un Brambilla, un Russo ou un Parodi. Et immédiatement, mon imagination voyage : Naples, la Sardaigne, la Lombardie, le Sud, la Ligurie…

Car les noms de famille italiens ont une particularité fascinante : beaucoup conservent encore une empreinte géographique très forte.

Quand un nom de famille évoque immédiatement une région d’Italie

Bien sûr, il serait absurde d’imaginer que tous les Esposito vivent à Naples ou que chaque Brambilla rencontré à Palerme est un Lombard fraîchement débarqué.

Les Italiens bougent, se marient, fondent des familles à l’autre bout du pays depuis des générations. Mais certains noms restent tellement associés à un territoire qu’ils peuvent encore nous mettre sur une piste.

Quelques exemples sont particulièrement parlants :

  • Esposito, De Rosa, Coppola, Gargiulo, Varriale : direction Naples et la Campanie ;
  • Brambilla, Fumagalli, Crippa, Viganò, Molteni : voilà des noms qui sentent davantage la Lombardie ;
  • Piras, Melis, Sanna, Loi, Meloni : difficile de ne pas penser à la Sardaigne ;
  • Messina, Gambino, Cusimano, Randazzo : la Sicile n’est jamais très loin ;
  • Romeo, Morabito, Laganà, Foti, Tripodi : des noms fortement associés à la Calabre ;
  • Parodi, Canepa, Bruzzone, Repetto, Pastorino : on se rapproche de la Ligurie.

Ce ne sont évidemment pas des certificats d’origine. Un Melis peut être né à Turin, ses parents également, et ses grands-parents peut-être aussi. Mais son nom garde parfois la mémoire d’une histoire familiale beaucoup plus ancienne.

C’est justement ce que je trouve passionnant.

Un nom peut raconter un lieu… mais pas seulement

Les noms de famille italiens ne racontent d’ailleurs pas uniquement une origine géographique.

Ils peuvent venir d’un lieu, d’un prénom, d’un métier, d’une caractéristique physique, d’un surnom ou d’une situation sociale.

Ferrari, par exemple, appartient à la grande famille des noms liés aux métiers et au travail du fer. Rossi renvoie à l’origine à une caractéristique physique, notamment à la couleur des cheveux ou du teint.

Certains noms sont directement liés à des lieux : Messina, Milano, Napoli, Palermo, Catania, Sorrentino, Mantovani… Pas besoin d’avoir fait quinze ans d’études en onomastique pour soupçonner qu’il se passe quelque chose du côté de la géographie !

Et puis il y a des histoires beaucoup plus émouvantes.

Esposito, un nom qui raconte une histoire sociale

J’associais depuis longtemps Esposito à Naples. Mais son histoire va beaucoup plus loin qu’une simple origine géographique.

Le nom fait partie des patronymes historiquement donnés aux enfants abandonnés ou dont les parents n’étaient pas identifiés. Il est particulièrement lié à Naples et à la Campanie.

D’autres régions italiennes possèdent d’ailleurs leurs propres noms associés à cette histoire : Proietti dans le Latium et en Ombrie, Innocenti en Toscane ou encore Trovato en Sicile et en Calabre.

Derrière un simple nom lu en quelques secondes sur un interphone se cache donc parfois une histoire sociale vieille de plusieurs siècles.

Et là, forcément, je ne regarde plus tout à fait le citofono de la même manière.

Pour approfondir ce sujet passionnant, je vous conseille les travaux consacrés aux noms italiens par Treccani.

Quand les noms du Sud sont partis vers le Nord

Mais il existe une autre raison pour laquelle j’aime particulièrement observer les interphones à Milan, Turin ou Gênes.

Ils racontent à leur façon l’histoire des grandes migrations intérieures italiennes.

Lorsqu’on parle d’émigration italienne, on pense facilement aux Italiens partis en France, en Belgique, en Suisse, aux États-Unis ou en Argentine.

Pourtant, l’Italie a également connu d’immenses mouvements de population à l’intérieur de ses propres frontières.

Après la Seconde Guerre mondiale et particulièrement pendant les décennies du miracle économique italien, des millions de personnes ont quitté le Sud, les îles mais aussi certaines campagnes et régions pauvres pour rejoindre les grands centres industriels.

Turin avait besoin de bras pour son industrie automobile. Milan devenait une immense métropole économique. Gênes constituait avec elles le fameux triangle industriel du Nord-Ouest.

Entre 1955 et 1975, environ 2,5 millions d’Italiens originaires du Sud ont ainsi rejoint ce triangle industriel. Près d’un million de personnes venues du Nord-Est, alors beaucoup moins prospère qu’aujourd’hui, ont effectué le même mouvement.

Imaginez ce que représentent ces chiffres en histoires individuelles.

Des familles entières ont changé de région. Des enfants sont nés à des centaines de kilomètres du village de leurs grands-parents. Les accents se sont modifiés ou ont disparu. Les dialectes familiaux ont parfois cessé d’être transmis.

Mais les noms, eux, sont restés.

Un petit morceau d’Italie sur quelques centimètres de plastique

C’est probablement pour cela que j’aime autant regarder ces interphones.

Sur quelques centimètres de plastique ou de métal, je peux trouver côte à côte un nom lombard, un nom napolitain, un patronyme sarde et un autre sicilien.

Ce n’est évidemment pas une étude scientifique de l’immeuble – je vous rassure, je ne reste pas non plus trois heures devant la porte avec un carnet à interroger les habitants !

Mais cela raconte quelque chose.

D’ailleurs, les études sur les noms italiens montrent très bien les conséquences de ces migrations. À Turin et Milan, les patronymes originaires du Sud ont pris une place considérable. Russo est même devenu l’un des noms emblématiques de cette Italie désormais mélangée, tandis qu’Esposito, profondément associé à Naples, est aujourd’hui bien représenté dans les grandes villes du Nord.

La géographie des noms conserve donc la trace de la géographie des hommes.

Voyager, c’est aussi regarder les petits détails

C’est peut-être cela que j’aime le plus en voyage : découvrir une destination grâce aux monuments incontournables, bien sûr, mais également grâce à tous ces détails auxquels on ne prête pas forcément attention.

Une enseigne ancienne. Une plaque de rue. Une façon de parler. Un marché. Un café pris debout au comptoir.

Ou les noms inscrits sur un interphone.

Lors de mes différents voyages et découvertes en Italie, j’ai souvent remarqué ces patronymes sans forcément connaître toute l’histoire qu’ils transportaient avec eux.

Maintenant, je sais qu’en apercevant un Piras à Milan, un Esposito à Turin ou un Brambilla beaucoup plus au sud, je ne découvre pas seulement un nom.

Je vois peut-être le dernier indice visible d’un voyage commencé deux, trois ou quatre générations auparavant.

Et finalement, c’est exactement ce que j’aime dans l’Italie : l’Histoire n’est jamais très loin. Même quand elle tient sur un bouton d’interphone.

Et vous, votre nom de famille est-il encore immédiatement associé à une région d’Italie ? Ou son histoire familiale a-t-elle déjà traversé plusieurs régions, plusieurs pays… et plusieurs générations ?

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