Au Japon on enseigne … la souffrance

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Au Japon, on n’enseigne pas la souffrance… on enseigne surtout quand la poser

Je vais te dire quelque chose d’un peu inconfortable : parfois, ce qui me fait le plus mal n’est pas ce qu’on m’a fait… mais ce que je continue à porter longtemps après.

J’aime beaucoup cette idée souvent associée à la sagesse japonaise : la souffrance durable ne vient pas toujours de l’événement, mais de la manière dont je reste agrippée à lui. À la colère. À l’injustice. À la trahison. À la scène que je rejoue cent fois dans ma tête comme un mauvais film que je refuse pourtant d’éteindre.

Et franchement ? Je pense que beaucoup d’entre nous connaissent ça.

Le caillou dans la main

L’image est simple.

Quelqu’un me blesse. Quelque chose m’arrive. Une parole humiliante. Une rupture. Une injustice. Une déception profonde.

Je ramasse alors un caillou.

Je le serre dans ma main.

Au début, je le serre parce que j’ai raison. Parce que je suis blessée. Parce que je veux me souvenir. Parce que je refuse que ce qui s’est passé soit minimisé.

Alors je serre plus fort.

Et la douleur arrive.

Mais ce n’est pas le caillou qui me détruit à cet instant.

C’est ma main crispée.

C’est l’énergie dépensée à retenir. À ruminer. À nourrir encore ce qui m’a déjà assez pris.

Le Japon et l’art du lâcher sans fuir

Ce que j’admire dans certaines philosophies japonaises, c’est qu’elles ne confondent pas force et rigidité.

Le bambou plie. Il ne rompt pas.

L’eau contourne l’obstacle. Elle ne s’acharne pas contre lui.

Le kintsugi répare les cassures avec de l’or au lieu de cacher les fêlures.

Autrement dit : on peut avoir été touchée, cassée, trahie… sans rester définie par cela.

Lâcher n’est pas perdre. Le fait de lâcher, c’est parfois retrouver de l’espace intérieur.

Lâcher ne veut pas dire excuser

Je tiens à le dire clairement, parce que trop de gens utilisent le mot “pardon” pour exiger le silence des autres.

Non.

Lâcher ne veut pas dire excuser quelqu’un qui a mal agi.
cela ne veut pas dire oublier ce qui s’est passé.
Ni non plus dire qu’on ne veut pas dire rouvrir la porte à ceux qui ont tout cassé.

Lâcher veut simplement dire :

Je refuse de continuer à me blesser avec ce que tu m’as déjà fait.

Et ça change tout.

Parce qu’à partir de là, je reprends le pouvoir.

Ce que je retiens dit aussi qui je deviens

Il y a cette phrase que j’aime profondément :

Ce que nous donnons ne revient pas toujours. Mais ce que nous donnons est toujours ce que nous sommes.

Je la trouve brutale et belle à la fois.

Si je donne de l’amertume à tout le monde parce qu’une personne m’a blessée, alors cette blessure gouverne encore ma vie.

Si je donne de la dignité, de la justesse, de la douceur malgré tout, alors je redeviens moi.

Pas naïve. Pas faible. Pas effacée.

Moi.

Et si je desserrais un peu la main ?

Je ne parle pas ici des grandes douleurs qu’on balaie avec une jolie citation Instagram. Certaines blessures demandent du temps, parfois de l’aide, parfois de la distance, parfois des années.

Mais il existe aussi ces petits cailloux quotidiens :

  • cette remarque qu’on rejoue depuis trois jours,
  • ce message ignoré,
  • cette jalousie,
  • cette rancune usée mais encore entretenue,
  • cette personne qui vit gratuitement dans notre tête.

Ceux-là, parfois, je peux choisir de les poser.

Pas parce qu’ils n’ont jamais compté.

Parce que moi, je compte aussi.

Ma vraie question du jour

Alors je me la pose honnêtement et peut-être toi aussi :

Suis-je prête à lâcher ce caillou pour laisser entrer quelque chose de meilleur ?

La paix, parfois, ne vient pas quand le monde change.

Elle vient quand ma main s’ouvre enfin.

Marcel et Minette en pleine réflexion

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