Visiter Turin : palais royaux, églises baroques et splendeurs de la maison de Savoie

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Turin en automne : une semaine dans l’ancienne capitale des rois d’Italie

Il y a des villes qui se découvrent en un week-end. Et puis il y a l’Italie où quasiment chaque ville demande une semaine de visite comme Turin par exemple. Une ville qui mérite qu’on lui consacre du temps, qu’on se perde dans ses rues, qu’on pousse la porte de ses églises et qu’on lève les yeux sur ses façades.

C’est donc pour une semaine en solo que j’ai posé mes valises dans la capitale du Piémont, au début du mois d’octobre. Et autant dire que Turin a décidé de soigner son accueil !

Des températures suffisamment douces pour me promener en tee-shirt ou en petit pull, une seule journée de pluie et des arbres qui commençaient à prendre leurs magnifiques couleurs d’automne. Franchement, difficile de demander mieux.

Mais ce qui m’a particulièrement séduite, c’est l’élégance de Turin. Ses grandes places, ses kilomètres d’arcades, ses façades monumentales et cette impression permanente que l’histoire se cache derrière chaque porte.

Il faut dire que Turin n’est pas une ville italienne comme les autres. Elle fut la capitale des ducs de Savoie, puis celle du royaume de Sardaigne, avant de devenir, en 1861, la toute première capitale de l’Italie unifiée.

Autant dire que quelques personnages importants y ont laissé leurs empreintes. Et pas seulement sur les plaques des rues !

Le Palais royal de Turin : dans les appartements des Savoie

Impossible de visiter Turin sans découvrir le Palazzo Reale di Torino, installé au cœur de la ville, sur la Piazzetta Reale, dans le prolongement de la Piazza Castello.

Derrière sa façade relativement sobre se cache un palais qui n’a absolument rien de modeste.

Dorures, fresques, tapisseries, lustres monumentaux, salons d’apparat et mobilier précieux : les Savoie avaient manifestement une conception assez personnelle de la sobriété.

Comment Turin est devenue la capitale des Savoie

Pour comprendre l’importance du Palais royal, il faut remonter à 1563. Cette année-là, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie décide de transférer la capitale de son duché de Chambéry à Turin.

Un choix politique et stratégique qui va profondément transformer la ville.

En 1584, son fils Charles-Emmanuel Ier confie à l’architecte Ascanio Vitozzi le projet d’une nouvelle résidence ducale. Les travaux prennent véritablement de l’ampleur au XVIIe siècle, notamment sous la direction d’Amedeo di Castellamonte.

La façade actuelle est largement liée aux transformations entreprises à partir des années 1640, sous l’impulsion de Marie-Christine de France. Et cette Marie-Christine mérite qu’on s’y attarde un instant.

Fille du roi Henri IV et de Marie de Médicis, sœur de Louis XIII, elle épouse Victor-Amédée Ier de Savoie en 1619. À la mort de son mari, en 1637, elle devient régente pour ses fils et doit affronter une véritable guerre civile contre ses beaux-frères.

Une femme de pouvoir, donc, qui joue un rôle essentiel dans le développement de Turin et dans l’affirmation du prestige de la cour.

Le palais va ensuite évoluer au fil des règnes, chaque souverain souhaitant naturellement apporter sa petite touche personnelle. Quand on est roi, on ne se contente pas de changer les coussins du canapé. Des salons somptueux et un escalier spectaculaire

La visite du Palais royal est une véritable plongée dans plusieurs siècles d’histoire. J’ai découvert une succession de salles richement décorées où chaque détail semble avoir été pensé pour impressionner les visiteurs et rappeler la puissance de la dynastie.

Au XVIIIe siècle, le palais connaît de nouvelles transformations sous Victor-Amédée II, devenu roi de Sicile en 1713, puis roi de Sardaigne en 1720.

C’est notamment à cette époque qu’intervient Filippo Juvarra, l’un des plus grands architectes du baroque piémontais.

On lui doit le célèbre Scala delle Forbici, ou escalier des Ciseaux, réalisé dans les années 1720. Son architecture audacieuse donne l’impression que les volées d’escaliers se croisent et se soutiennent presque miraculeusement.

Au XIXe siècle, Charles-Albert de Savoie poursuit les transformations du palais, notamment avec l’architecte Pelagio Palagi, qui introduit une décoration plus néoclassique dans plusieurs appartements.

Ce mélange de styles raconte finalement toute l’histoire du lieu : du baroque triomphant au goût plus solennel du XIXe siècle.

Le Palais royal n’est pas seulement une succession de belles pièces. C’est aussi un formidable témoignage de la manière dont les souverains utilisaient l’architecture pour afficher leur autorité.

L’Armurerie royale : un impressionnant voyage dans l’histoire militaire

Parmi les trésors du complexe des Musées royaux, l’Armurerie royale mérite également une attention particulière.

Créée à l’initiative de Charles-Albert et ouverte au public en 1837, elle rassemble des armes, des armures et des équipements militaires provenant de différentes époques.

La grande galerie qui l’abrite est elle-même spectaculaire. Et même lorsqu’on n’est pas passionné par les armes anciennes, comme moi, j’aime pas beaucoup, difficile de rester indifférent devant le travail des artisans qui ont réalisé ces armures richement décorées.

On est parfois bien loin du simple équipement destiné à protéger un soldat. Certaines pièces ressemblent davantage à des œuvres d’art.

Les Giardini Reali : une parenthèse automnale derrière le palais

Après tant de dorures et de faste royal, direction les Giardini Reali.

Ces jardins, aménagés derrière le Palais royal, offrent une agréable respiration au cœur de la ville. Leur histoire remonte aux aménagements de la résidence ducale, mais leur organisation a évolué au fil des siècles.

À la fin du XVIIe siècle, le célèbre paysagiste français André Le Nôtre, associé aux jardins de Versailles, participe à leur conception.

On y retrouve cette volonté de maîtriser la nature, de dessiner des perspectives et d’organiser les espaces selon des principes géométriques.

Une nature bien disciplinée, comme l’appréciaient les cours européennes. En octobre, le décor prend une tout autre dimension. Les arbres commencent à se parer de jaune, d’orange et de roux, les allées deviennent particulièrement photogéniques et l’on oublie presque que l’on se trouve au centre d’une grande ville.

J’ai beaucoup aimé cette promenade, d’autant plus agréable que la météo était particulièrement clémente. Et après les salons chargés d’histoire du palais, retrouver un peu de verdure fait franchement du bien.

La Villa della Regina : une résidence royale sur les hauteurs de Turin

Autre découverte de mon séjour : la Villa della Regina.

Située sur les collines qui dominent Turin, cette résidence offre une atmosphère bien différente de celle du Palais royal.

Ici, on quitte le cérémonial de la grande cour pour une demeure de plaisance, entourée de jardins en terrasses et de vignes.

Une villa née au XVIIe siècle

La construction débute au début du XVIIe siècle, vers 1615, à l’initiative du cardinal Maurice de Savoie.

Le projet est notamment associé à l’architecte Ascanio Vitozzi, puis à ses successeurs.

Maurice de Savoie est un personnage assez étonnant. Fils du duc Charles-Emmanuel Ier, il devient cardinal très jeune, avant de renoncer à sa dignité ecclésiastique pour épouser sa nièce Louise-Christine de Savoie en 1642.

Les histoires de famille des grandes dynasties européennes sont parfois plus compliquées qu’une série télévisée.

La résidence passe ensuite entre les mains de plusieurs femmes de la maison de Savoie, notamment Anne-Marie d’Orléans, épouse de Victor-Amédée II, et Polyxène de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg, seconde épouse de Charles-Emmanuel III.

C’est d’ailleurs de ces occupantes royales que la villa tire son nom.

Un petit bijou du baroque piémontais

La Villa della Regina se distingue par son architecture baroque et ses décors raffinés.

Au XVIIIe siècle, Filippo Juvarra participe à ses transformations, notamment dans les jardins et les espaces de représentation.

À l’intérieur, les salons témoignent du goût aristocratique pour les décors élégants, les peintures et les ornements précieux.

Mais ce qui rend la villa particulièrement séduisante, c’est aussi son environnement.

Les jardins s’étagent sur la colline, ponctués d’escaliers, de terrasses, de fontaines et de perspectives sur la ville.

On y trouve également un vignoble historique, rappelant que les résidences de plaisance étaient aussi des domaines agricoles.

Et puis il y a cette vue sur Turin, ses toits, ses monuments et les montagnes qui dessinent l’horizon.

Une belle façon de découvrir la ville sous un autre angle.

Les grandes places de Turin : un décor royal à ciel ouvert

Turin se découvre aussi simplement en marchant.

Et pour cela, la ville possède un atout considérable : ses places monumentales et ses longues rues bordées d’arcades.

Piazza Castello : le cœur historique de Turin

La Piazza Castello est l’une des places les plus emblématiques de la ville.

Aménagée à partir de la fin du XVIe siècle dans le cadre des transformations voulues par les Savoie, elle constitue le cœur monumental de Turin.

On y retrouve le Palais royal, mais aussi le Palazzo Madama, dont l’histoire est particulièrement intéressante.

À l’origine, le bâtiment intègre des vestiges de portes romaines, transformées ensuite en forteresse médiévale.

Au XVIIIe siècle, Filippo Juvarra lui ajoute une majestueuse façade baroque, réalisée à partir de 1718.

Le résultat est assez étonnant : un palais qui raconte près de deux mille ans d’histoire architecturale.

Piazza San Carlo : l’élégance turinoise

Autre place incontournable, la Piazza San Carlo est souvent considérée comme l’un des plus beaux salons à ciel ouvert de Turin.

Aménagée au XVIIe siècle, elle est entourée de façades harmonieuses et de longues arcades.

En son centre se dresse la statue équestre d’Emmanuel-Philibert de Savoie, réalisée par Carlo Marochetti et inaugurée en 1838.

À l’une des extrémités, deux églises presque jumelles, San Carlo Borromeo et Santa Cristina, composent un ensemble particulièrement élégant.

Une place idéale pour prendre le temps de regarder autour de soi.

Et à Turin, prendre le temps de regarder les façades est presque une activité à part entière.

Les plus belles églises de Turin : une incroyable leçon d’architecture

S’il y a bien une chose qui m’a marquée pendant cette semaine, c’est la richesse du patrimoine religieux turinois.

Derrière des façades parfois discrètes se cachent des intérieurs spectaculaires.

Turin est l’un des grands foyers du baroque italien, notamment grâce à deux architectes majeurs : Guarino Guarini et Filippo Juvarra.

Le premier se distingue par ses recherches géométriques audacieuses, tandis que le second privilégie souvent des compositions lumineuses, théâtrales et élégantes.

La Real Chiesa di San Lorenzo : un chef-d’œuvre de Guarini

Située à proximité immédiate du Palais royal, la Real Chiesa di San Lorenzo est l’une des églises les plus étonnantes de Turin.

Son histoire est liée à Emmanuel-Philibert de Savoie et à la victoire de Saint-Quentin, remportée le 10 août 1557, jour de la fête de saint Laurent.

L’église actuelle est principalement l’œuvre de Guarino Guarini, architecte et religieux théatin, qui travaille à sa réalisation dans la seconde moitié du XVIIe siècle. L’édifice est consacré en 1680. Mais c’est surtout sa coupole qui retient l’attention.

Guarini y développe un extraordinaire jeu d’arcs entrecroisés formant une structure géométrique complexe.

Le regard est irrésistiblement attiré vers le sommet, où la lumière semble traverser les différentes couches de l’architecture. Un véritable tour de force.

À l’extérieur, l’église ne possède pas la façade monumentale que l’on pourrait attendre d’un tel chef-d’œuvre. Comme quoi, à Turin, il ne faut surtout pas se fier aux apparences.

La cathédrale San Giovanni Battista et le Saint-Suaire

Le Duomo di Torino est l’un des rares grands édifices religieux Renaissance de la ville.

Sa construction s’étend de 1491 à 1498, sous la direction de l’architecte Amedeo de Francisco di Settignano, également appelé Meo del Caprino.

Avec sa façade de marbre blanc et ses lignes relativement sobres, elle contraste avec les nombreuses églises baroques de Turin.

Mais la cathédrale est surtout célèbre pour abriter le Saint-Suaire, un tissu de lin sur lequel apparaît l’image d’un homme portant des traces de blessures.

Vénéré par de nombreux chrétiens comme le linceul du Christ, il demeure un objet de débats historiques et scientifiques.

La maison de Savoie en devient propriétaire au XVe siècle et le fait transférer à Turin en 1578.

Pour l’accueillir dignement, Guarino Guarini réalise au XVIIe siècle la spectaculaire chapelle du Saint-Suaire, située entre la cathédrale et le Palais royal.

Sa coupole, achevée à la fin du XVIIe siècle, constitue l’une des réalisations les plus audacieuses du baroque européen.

Gravement endommagée par un incendie en 1997, elle a fait l’objet d’une longue restauration avant de rouvrir en 2018.

Le Santuario della Consolata : un concentré de baroque

Le Santuario della Consolata est un autre monument incontournable.

Son histoire religieuse remonte au Moyen Âge, mais son architecture actuelle résulte principalement de transformations réalisées entre les XVIIe et XVIIIe siècles.

Guarino Guarini intervient dans son réaménagement à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle.

Puis Filippo Juvarra apporte sa contribution au XVIIIe siècle, notamment avec le presbytère ovale et le maître-autel.

À l’intérieur, les marbres polychromes, les dorures, les fresques et les chapelles richement décorées composent un ensemble particulièrement somptueux.

C’est tout l’esprit du baroque : impressionner, émouvoir et faire ressentir la grandeur du sacré à travers l’architecture.

Et autant dire que les architectes turinois maîtrisaient parfaitement leur sujet.

La Gran Madre di Dio : un petit air de Panthéon romain

De l’autre côté du Pô, la Chiesa della Gran Madre di Dio offre un contraste saisissant avec les églises baroques du centre.

Construite entre 1818 et 1831 sur les plans de Ferdinando Bonsignore, elle célèbre le retour du roi Victor-Emmanuel Ier à Turin en 1814, après la chute de Napoléon.

Son architecture néoclassique s’inspire directement du Panthéon de Rome.

On y retrouve un imposant portique à colonnes corinthiennes, un fronton triangulaire et une grande coupole.

L’ensemble dégage une impression de puissance et de solennité.

Depuis les abords de l’église, la perspective vers la Piazza Vittorio Veneto et le centre historique est particulièrement belle.

Les églises jumelles de la Piazza San Carlo

Sur la Piazza San Carlo, les églises San Carlo Borromeo et Santa Cristina participent pleinement à l’harmonie de la place.

San Carlo Borromeo est construite à partir de 1619, tandis que Santa Cristina voit le jour à partir de 1639.

La façade baroque de Santa Cristina est réalisée au début du XVIIIe siècle d’après les dessins de Filippo Juvarra.

Celle de San Carlo est plus tardive, datant du XIXe siècle.

Leur ressemblance contribue à l’effet de symétrie de la place, même si leurs histoires et leurs architectures ne sont pas tout à fait identiques.

Pour préparer une découverte plus complète du patrimoine religieux, le site Edifici Sacri⁠ propose un inventaire très intéressant des églises historiques de Turin.

Il y’avait quelques travaux je n’ai pas de jolies photos désolée.

Turin, une ville qui se savoure autant qu’elle se visite

Ce que j’ai aimé dans cette première découverte de Turin, c’est cette possibilité de passer d’un palais royal à une église baroque, puis de retrouver les grandes places baignées de lumière automnale.

On se promène dans une ville qui fut un centre majeur du pouvoir politique italien, mais qui a conservé une atmosphère agréable, presque tranquille par endroits. Et en voyage solo, c’est particulièrement appréciable.

Je pouvais m’attarder devant une coupole, revenir sur une place, entrer dans une église simplement parce que sa porte était ouverte ou prolonger une promenade dans les jardins.

Sans horaire imposé, sans négociation sur la prochaine visite et sans personne pour me demander si j’avais bientôt fini de photographier les plafonds. Le bonheur, en somme !

Turin m’a séduite par son patrimoine, mais aussi par cette élégance discrète qui la distingue de certaines autres grandes villes italiennes.

Et ce n’était que la moitié de mes découvertes.

Parce qu’entre les musées, les curiosités insolites, les spécialités piémontaises et quelques séances de shopping, ma semaine turinoise était encore loin d’être terminée !

Pour préparer votre visite : je vous conseille de consulter le site officiel des Musées royaux de Turin⁠ ainsi que Turismo Torino⁠, pour les horaires et les informations pratiques.

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