Mon séjour entre expos, patrimoine et glaces
Il y a des villes que l’on visite. Et puis il y a Arles, où j’ai rapidement compris qu’il allait être difficile de regarder droit devant moi sans m’arrêter toutes les trente secondes.
Je suis venue pour les Rencontres de la photographie d’Arles 2026. Sur le papier, le programme était donc simple : voir des photographies.
Dans la réalité, j’ai vu des photographies, évidemment. Beaucoup. Énormément, même. Mais aussi des cloîtres, des églises, des vestiges romains, des anciens ateliers SNCF, une tour de Frank Gehry, le Rhône, une abbaye, la Camargue, une Vénus revenue au pays, des livres, des robes, des parfums…
Et des glaces. Plusieurs glaces.
Parce qu’un séjour culturel demande un ravitaillement adapté.
Bienvenue donc dans mon séjour à Arles, quelque part entre marathon photographique et flânerie provençale.
Les Rencontres de la photographie : Arles devient une immense exposition
Chaque été, les Rencontres de la photographie d’Arles transforment la ville en gigantesque terrain de jeu pour les amoureux de l’image. En 2026, cette 57e édition se déploie autour du thème « Des mondes à relire », avec des expositions installées dans des lieux parfois aussi fascinants que les œuvres elles-mêmes.
Et c’est probablement ce que j’aime le plus ici.
Je peux entrer dans un cloître pour découvrir une exposition contemporaine et ressortir quelques minutes plus tard face à un monument romain. À Arles, 2 000 ans d’histoire discutent tranquillement avec la création contemporaine.
Mes premières déambulations m’ont ainsi conduite du côté de Saint-Trophime, entre la cathédrale et son magnifique cloître.
J’y ai notamment découvert le travail de Lara Tabet et Yasmine Chemali, lauréates du programme BMW Art Makers 2026 avec Le corps vitré, mais aussi celui de Meghann Riepenhoff, dont j’ai aimé cette manière de laisser les éléments naturels participer directement à la création photographique.
Puis changement de continent avec une exposition consacrée au Ghana.
C’est précisément ce que j’aime dans un festival comme les Rencontres : passer d’un univers à l’autre, découvrir des artistes dont j’ignorais parfois totalement le travail et ressortir avec une liste considérablement rallongée de noms à rechercher une fois rentrée.
Visiter Arles entre deux expositions
Évidemment, je suis incapable de passer d’un lieu d’exposition à un autre sans me laisser distraire.
À ma décharge, nous parlons d’Arles.
La place de la République, son obélisque antique, l’hôtel de ville, les façades, les ruelles… Tout me donne envie de sortir mon appareil photo.
Et puis il y a les incontournables.
Les arènes d’Arles, bien sûr, mais aussi le théâtre antique, devant lequel je suis repassée pendant mes pérégrinations. J’aime beaucoup ce contraste : je peux passer une heure devant une œuvre photographique très contemporaine puis me retrouver quelques minutes plus tard face à des pierres posées là depuis l’Antiquité.
La ville entière devient finalement une prolongation des Rencontres.
Je suis également passée devant le fameux Café Van Gogh, avant de rejoindre la Fondation Vincent van Gogh Arles, puis de marcher le long du Rhône.
J’avais pourtant un programme.
Mais je crois qu’à Arles, mon programme sert principalement à m’indiquer ce que je vais faire entre deux détours imprévus.
Ming Smith, Harry Gruyaert et toutes ces images qui restent en tête
Impossible évidemment de raconter ce séjour sans parler des photographes.
Parmi mes découvertes, il y a eu Ming Smith, dont les images m’ont particulièrement marquée par leur atmosphère. Certaines semblent presque surgir progressivement devant le regard plutôt que simplement se montrer.
J’ai également retrouvé Harry Gruyaert dans l’église Saint-Martin.
Et là, forcément, le lieu change complètement la perception des photographies. Les couleurs de Gruyaert installées dans une ancienne église créent un dialogue que j’ai trouvé particulièrement intéressant.
C’est aussi cela, les Rencontres d’Arles : les expositions ne sont pas posées dans des cubes blancs interchangeables. Le bâtiment, son histoire, sa lumière et son architecture deviennent parfois une partie de l’expérience.
À la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, j’ai poursuivi avec House of Love de Shelby Duncan, puis les œuvres de Yuan Goang-Ming, notamment Everyday Maneuver et Landscape of Energy – Stillness.
À ce stade, mon cerveau commençait à contenir un nombre assez impressionnant d’images.
J’ai donc appliqué une méthode scientifique éprouvée.
Je suis allée manger une glace chez Mezza Luna.
LUMA Arles : des anciens ateliers SNCF à la Tour de Frank Gehry
Autre temps fort incontournable de mon séjour : LUMA Arles.
Le site mérite déjà le détour pour son histoire. Le Parc des Ateliers occupe notamment d’anciens bâtiments industriels liés aux ateliers ferroviaires. Aujourd’hui, ils cohabitent avec la spectaculaire Tour dessinée par Frank Gehry, devenue l’un des nouveaux symboles de la ville.
Le programme de LUMA Arles mêle photographie, art contemporain, architecture, installations et recherches autour des grands enjeux contemporains.
Autant dire que j’avais de quoi m’occuper.
J’y ai notamment vu Bodies Never Lie de Stan Douglas, une exposition associant photographie et installation vidéo. L’artiste y explore notamment le flamenco comme forme artistique mais aussi comme espace d’expression façonné par l’histoire, la censure et les questions identitaires.
J’ai aussi découvert Modèle animal – La nature d’Edward Steichen, sous le commissariat de Nathalie Herschdorfer, ainsi que le Prix Dior de la Photographie et des Arts Visuels pour Jeunes Talents.
Et puis, dans la Tour, j’ai découvert quelque chose qui a immédiatement réveillé ma curiosité : les recherches d’Atelier Luma autour du sel comme matériau.
Oui, du sel.
Comme matériau de construction.
Évidemment, après plusieurs heures de photographie, c’est exactement le genre d’information capable de relancer mon cerveau pour une heure supplémentaire.
Et puisqu’il y a également un toboggan à LUMA, je confirme qu’il est possible de passer très sérieusement d’une réflexion sur les matériaux biosourcés à l’envie de glisser dans un tube géant.
La culture est une affaire très sérieuse.
Des expositions absolument partout dans Arles
Ce qui est assez extraordinaire pendant les Rencontres, c’est que la photographie finit par surgir partout.
J’ai ainsi découvert The Anonymous Project… au Monoprix.
Ce qui m’a naturellement permis d’étudier également les collections vêtements et décoration.
Je précise, pour l’Histoire, que je n’ai rien acheté.
Une performance qui aurait presque mérité sa propre installation artistique.
J’ai poursuivi avec Rebekka Deubner et Lee Shulman, Omar Victor Diop, Nos rêves lointains, le Prix Découverte 2026 de la Fondation Louis Roederer, Hu Weiyi du côté de la gare ou encore la rétrospective consacrée à Alain Keler.
Puis Martine Barrat et Soul of the City.
Puis Sammy Baloji à la Fondation Vincent van Gogh.
Puis Lee Ufan.
Puis…
Vous commencez à comprendre pourquoi j’avais besoin de glaces.
Christian Lacroix, des photographies et moi : rencontre inévitable
Parmi les expositions que je ne pouvais évidemment pas manquer : Christian Lacroix collectionneur de photographies.
Christian Lacroix et Arles, c’est déjà une histoire particulière. Alors découvrir son regard de collectionneur dans une ville qui vit au rythme de la photographie avait quelque chose d’évident.
Et étant moi-même particulièrement sensible à son univers, il aurait fallu beaucoup plus qu’un emploi du temps déjà déraisonnable pour m’empêcher d’y aller.
Autre exposition qui m’a beaucoup intéressée : R comme Regarder / L is for Look, consacrée au livre photographique jeunesse.
J’ai aimé cette idée toute simple : regarder s’apprend.
Avant même de savoir analyser une image, les enfants apprennent à reconnaître, comparer, associer, chercher un détail. Le livre photographique participe donc lui aussi à la construction de notre manière de voir le monde.
Finalement, après plusieurs jours aux Rencontres, cette exposition résumait assez bien mon propre séjour.
J’étais venue regarder des photographies.
Je repartais en ayant appris à regarder davantage tout le reste.
Le musée départemental Arles antique et le retour de la Vénus d’Arles
Pour les derniers jours, j’ai légèrement élargi le programme.
Direction d’abord le Musée départemental Arles antique pour découvrir l’exposition Le Passage de Vénus.
Et pas n’importe quelle Vénus.
La célèbre Vénus d’Arles, découverte en 1651, est exceptionnellement revenue à Arles grâce à un prêt du musée du Louvre. L’exposition, visible du 24 avril au 31 octobre 2026, la fait dialoguer avec des œuvres antiques, modernes et contemporaines autour de la permanence du mythe de Vénus.
Le Département des Bouches-du-Rhône présente l’exposition comme un parcours consacré aux multiples réinterprétations de la déesse à travers l’histoire de l’art.
Après plusieurs jours consacrés à la photographie contemporaine, j’ai adoré ce grand écart chronologique.
À Arles, passer de Stan Douglas à Aphrodite semble finalement parfaitement normal.
L’abbaye de Montmajour : quand la photographie rencontre les vieilles pierres
Je suis ensuite sortie d’Arles pour rejoindre l’abbaye de Montmajour.
Et là encore, le lieu vaut déjà à lui seul la visite.
Monumentale, minérale, silencieuse, l’abbaye offre exactement le genre de décor qui me donne envie de photographier une porte, un escalier, une pierre, une autre pierre et probablement encore la première pierre parce que la lumière a changé entre-temps.
Pendant les Rencontres, j’y ai découvert les travaux d’Anne-Lise Broyer et d’Ayana V. Jackson.
J’aime énormément lorsque la création contemporaine s’installe dans un monument historique sans essayer de le faire disparaître. L’œuvre et le lieu se répondent et on ne sait parfois plus très bien si l’on est venu pour l’exposition ou pour l’architecture.
Personnellement, j’étais venue pour les deux.
C’est d’ailleurs cette association entre patrimoine, art et découverte que je recherche souvent dans mes voyages.
Une escapade au musée de la Camargue… à l’abri de la boue
Puisque j’étais dans les environs, j’ai également pris la direction du Musée de la Camargue.
J’aurais volontiers complété la visite par une grande balade dehors.
La météo avait un autre projet.
Vu l’état du terrain, la promenade risquait surtout de devenir une expérience immersive consacrée à la boue camarguaise.
J’ai donc sagement choisi l’intérieur.
Et je ne l’ai pas regretté : le musée permet de mieux comprendre la Camargue, ses paysages, son histoire, ses habitants et les activités humaines qui ont façonné ce territoire si particulier.
Une excellente manière de découvrir que derrière l’image de carte postale – chevaux, taureaux, flamants roses et grands espaces – se trouve un territoire beaucoup plus complexe.
Terminer un séjour à Arles avec des livres, du parfum… et une glace
Retour à Arles pour mes dernières heures.
Et là, j’ai commis l’erreur classique.
Je suis entrée chez Actes Sud « juste pour regarder ».
Je suis ressortie avec un sac de livres.
Personne n’avait vraiment cru au « juste pour regarder », évidemment.
Puis je suis passée chez Fragonard, je me suis parfumée.
Et je suis ressortie avec des parfums et des robes.
À ce stade, j’avais définitivement abandonné toute prétention à la sobriété touristique.
Il ne restait plus qu’à conclure ce séjour de manière digne.
Je suis donc allée manger une dernière glace.
Alors, faut-il venir à Arles pendant les Rencontres de la photographie ?
Ce que j’aime à Arles pendant les Rencontres, c’est précisément qu’il n’est pas nécessaire d’être spécialiste de photographie pour profiter de l’événement.
On peut venir pour un artiste et en découvrir dix autres. Entrer dans une exposition parce qu’elle se trouve sur notre chemin. Découvrir une église en allant voir des photographies. Traverser une ancienne friche ferroviaire devenue centre culturel. S’arrêter devant les arènes. Marcher le long du Rhône. Partir jusqu’à Montmajour. Faire un détour par un musée archéologique.
Et recommencer le lendemain.
Pour préparer votre séjour, je vous conseille donc de consulter le programme officiel des Rencontres d’Arles avant de partir, mais surtout de ne pas remplir chaque minute de votre journée.
Arles est une ville qui se prête merveilleusement bien aux détours.
Et ce serait dommage de courir d’exposition en exposition sans regarder ce qu’il y a entre les deux.
Parce que c’est probablement ce que je retiens le plus de ce séjour : pendant quelques jours, j’ai eu l’impression que toute la ville me demandait de regarder.
Regarder une photographie, une sculpture, une façade, la lumière sur le Rhône, les vieilles pierres et le travail d’un artiste que je ne connaissais pas cinq minutes auparavant.
Je suis venue à Arles pour les Rencontres de la photographie et j’en suis repartie avec beaucoup trop de photos, une liste considérable d’artistes à retrouver, un sac de livres, des parfums, des robes et probablement une consommation de glaces supérieure aux recommandations officielles.
Autrement dit : un séjour parfaitement réussi.
Et oui, je reviendrai.
Après tout, je n’ai certainement pas encore tout regardé.





















