Cogito ergo prout : petite philosophie du ras-le-bol
“Je pense donc je suis.” C’est mignon, non ? Un peu comme “je t’aime donc je te ghoste” ou “je suis bienveillant donc je te trahis avec douceur”. Ces derniers temps, je me dis qu’on devrait actualiser un peu Descartes. Parce que dans notre société qui parle beaucoup (trop) d’authenticité, de bienveillance, de “sororité”… j’ai surtout entendu des prouts. Alors voilà. Cogito ergo prout. C’est dit.
Le bon vieux Descartes et son “cogito”
Rappel express pour celles et ceux qui ont séché les cours de philo : René Descartes, philosophe français du XVIIe siècle, a cherché un point de départ indubitable à la pensée. Il doute de tout, et puis bam : “Je pense, donc je suis.” (Cogito ergo sum, en latin). En gros, s’il pense, c’est qu’il existe. C’est propre, c’est carré, c’est logique.
Le cogito est donc censé être la base de toute connaissance, la preuve ultime de l’existence du moi.
Mais… est-ce que le fait de penser nous rend meilleurs ? Bienveillants ? Moins hypocrites ? Spoiler : non.
Du cogito au masque social : la grande parade
Aujourd’hui, tout le monde “pense”. Tout le monde se croit intelligent, éclairé, aligné. On a remplacé la raison par l’opinion, le doute par des certitudes glanées sur TikTok ou en séminaire de “coach de vie”. Résultat ? Une avalanche de masques.
Les gens affichent une version d’eux-mêmes parfaitement calibrée :
- gentils en story,
- écolos en bio Instagram,
- attentionnés en façade,
mais incapables de demander : “Ça va vraiment ?” et de rester pour écouter la réponse.
Et le pire ? Ceux qui se sentent obligés d’être gentils. Ceux qui t’envoient des « tu peux me faire confiance » alors que dans leur tête, ils font déjà leur valise pour te laisser tomber au moment critique.
Cogito ergo prout
J’ai longtemps cru qu’il valait mieux dire la vérité. Qu’on pouvait dire “non, ça ne va pas trop en ce moment” et que quelqu’un allait rester. Mais non. Les gens veulent des relations feel good, faciles à vivre, comme des playlists Spotify. T’es plus dans le bon mood ? Swipe left, désabonnement affectif.
Alors voilà. J’ai décidé de me dire que je pense, donc prout.
Prout à la fausse bienveillance.
Et Prout aux discours creux de ceux qui “seront toujours là” et qui n’ont jamais pris le temps d’être là vraiment.
Mais aussi Prout à l’idée qu’on doit forcément tout comprendre, tout excuser, tout absorber.
Et toi qui lis ça, si tu t’es déjà senti.e trahi.e, oublié.e, transparent.e… viens par ici, tu n’es pas seul.e. 💛
Je pense, donc je doute
Je continue de penser. Mais plus comme Descartes. Moi, je doute. Je doute des intentions des gens. Comme je doute des grandes déclarations. Je doute du “c’est pour ton bien” et des “je veux juste t’aider”.
Parce que penser, ce n’est pas suffisant. Il faut aussi ressentir, faire preuve de cohérence, et parfois… se taire plutôt que mentir.
Théorie du sac à dos : penser moins, vivre mieux
Il y a une autre idée que j’ai souvent ruminée en voyage : la théorie du sac à dos. Plus tu avances, plus tu allèges. Ta valise, bien sûr, finies les cinq paires de chaussures “au cas où”, mais aussi ta vie. Ton sac devient plus léger quand tu laisses derrière toi l’approbation des autres, les obligations absurdes, les attentes irréalistes. À la place, tu remplis ton espace intérieur de quelque chose d’inestimable : la paix. Celle d’un cœur ouvert, prêt à l’aventure. Celle de quelqu’un qui n’a besoin que de l’essentiel pour se sentir vivant.
Ce n’est pas ce que tu emportes qui compte. C’est ta capacité à bouger. À rebondir. À dire “je repars, je réinvente, je vis”. J’ai appris ça de mes voyages à vélo, de mon tour du monde à deux roues, mais aussi… de mes cambriolages et des vols que j’ai subis. À chaque fois, j’ai perdu des objets, mais j’ai retrouvé un peu de moi. Moins de poids, plus de clarté. Et puis surtout : la preuve, encore et encore, que le monde est là, généreux, prêt à être découvert. Que la rencontre avec l’autre, même inattendue, même imparfaite, est plus souvent une richesse qu’un danger.
Et maintenant ?
Tu veux vraiment exister ? Arrête de jouer un rôle. Pose des vraies questions. Accepte des vraies réponses. Et si tu sens qu’un lien est creux… coupe-le. Tu n’as pas besoin de gens qui te regardent tomber sans jamais tendre la main.
Moi, j’avance avec mes doutes, mes colères, mes éclats de rire… et quelques bons prouts philosophiques en bonus.
Et toi ? T’en es où dans ton cogito ?
